Derrière leur voiture, le ciel disparaissait peu à peu.

Derrière leur voiture, le ciel disparaissait peu à peu.

Une gigantesque masse de poussière avançait à une vitesse terrifiante, engloutissant la route du désert.

Mateo Rivera consulta le rétroviseur et sentit son estomac se nouer.

— Tenez-vous bien !

Lucía se retourna vers Nico et Alma, assis à l’arrière.

La tempête gagnait du terrain.

— Elle va nous rattraper, souffla-t-elle.

Mateo accéléra encore, mais quelques secondes plus tard, il aperçut une construction isolée au bord de la route.

Une ancienne station-service.

L’enseigne pendait de travers, les pompes étaient rouillées et les vitres disparaissaient presque sous une épaisse couche de sable. L’endroit semblait abandonné depuis une éternité.

Mateo n’hésita pas.

Il quitta la route et fonça vers le bâtiment.

À peine la famille eut-elle franchi l’entrée que les premières rafales frappèrent les murs avec une violence assourdissante.

— Il faut trouver une pièce sans fenêtres ! cria Lucía.

Ils traversèrent la station jusqu’à une ancienne réserve.

Mateo déplaça plusieurs objets, puis remarqua un vieux tapis de caoutchouc posé sur le sol.

Lorsqu’il le souleva, une poignée métallique apparut.

Il tira dessus.

Une lourde trappe s’ouvrit.

Un escalier descendait dans l’obscurité.

— Il y a quelque chose en dessous.

Ils n’avaient pas le temps de réfléchir.

Tous les quatre descendirent, et Mateo referma la trappe juste avant que la tempête ne frappe la station de plein fouet.

Puis, brusquement, le vacarme disparut.

Sous terre régnait un silence presque irréel.

Quelques lampes éclairaient un abri aux murs de béton. Au fond se dressait une imposante porte d’acier.

Nico serra la main de sa mère.

— La tempête peut nous atteindre ici ?

Mateo observa les murs.

— Pas tout de suite.

Un grésillement retentit soudain derrière eux.

Ils se retournèrent.

Une vieille radio venait de s’allumer sans que personne ne la touche.

Une voix déformée par les parasites sortit du haut-parleur.

— Si quelqu’un m’entend… quoi qu’il arrive, gardez la porte fermée.

Lucía fixa Mateo.

Puis un bruit résonna derrière la porte métallique.

Cling.

Comme si quelque chose venait de heurter l’acier de l’autre côté.

La radio reprit :

— La dernière famille qui l’a ouverte a découvert ce qui se cachait réellement sous cette station…

Silence.

La transmission venait de s’interrompre.

— C’était quoi, ça ? murmura Alma.

Mateo ne répondit pas.

En inspectant l’abri, il trouva un carnet recouvert d’une épaisse couche de poussière.

La première inscription datait de dix-sept ans.

Une phrase était soulignée plusieurs fois :

« Lorsque la radio recommence à fonctionner, quelqu’un contrôle le système depuis l’extérieur. »

Plus loin apparaissaient quatre noms.

David.

Mara.

Ethan.

Grace.

Lucía parcourut la liste.

— Deux adultes et deux enfants… comme nous.

Une annotation supplémentaire attira leur attention.

La porte d’acier n’appartenait pas à la construction initiale du refuge. Elle avait été installée plus tard.

Lucía s’approcha de la porte.

Quelque chose était gravé près de la poignée : un cercle traversé de trois traits parallèles.

Elle cessa de respirer pendant une seconde.

— J’ai déjà vu ce symbole.

Mateo la regarda.

— Où ?

— Chez mon père.

Son père avait été ingénieur. Il était mort six ans auparavant.

Pendant des années, il avait conservé dans son bureau une petite boîte grise portant exactement ce symbole.

Après son décès, Lucía avait ouvert cette boîte.

Elle contenait des plans, des cartes et plusieurs photographies de structures souterraines.

L’une d’elles représentait précisément ce type de porte.

Avant qu’elle puisse en dire davantage, la radio crépita.

Cette fois, la voix prononça quelque chose qui leur glaça le sang.

— Famille Rivera, si vous êtes dans l’abri, écoutez attentivement.

Lucía devint livide.

Ce message leur était destiné.

— Ne touchez pas à la porte. Trouvez d’abord le boîtier de maintenance.

Mateo fouilla immédiatement les étagères.

Derrière une caisse métallique, il découvrit un petit compartiment.

À l’intérieur reposaient trois objets : une vieille cassette, une photographie et un morceau de papier plié.

Lucía lut les quelques mots écrits dessus.

« Lucía, si tu arrives un jour jusqu’ici, ceci est pour toi. »

Elle reconnut l’écriture de son père.

Ses mains se mirent à trembler.

Sur la photographie, son père se tenait devant la station-service.

Le cliché avait été pris dix-sept ans auparavant.

Mateo trouva un vieux lecteur et inséra la cassette.

Quelques secondes de souffle magnétique passèrent.

Puis une voix familière remplit la pièce.

Celle du père de Lucía.

— Si tu écoutes cet enregistrement, Lucía, alors tu as découvert ce que j’espérais ne jamais avoir à t’expliquer.

Elle porta une main à sa bouche.

L’enregistrement continua.

— Cette station n’a jamais servi uniquement d’abri contre les tempêtes. Sous le bâtiment se trouvait un centre d’urgence utilisé pour stocker du matériel et surveiller certaines communications.

Dix-sept ans plus tôt, expliquait-il, une famille avait trouvé refuge dans ce bunker.

David, Mara et leurs deux enfants.

Malgré plusieurs avertissements, David avait déverrouillé la porte.

De l’autre côté, il avait découvert des archives.

Des photographies.

Des relevés de communications.

Des numéros de plaques d’immatriculation.

Et surtout, des dossiers consacrés aux voyageurs ayant emprunté cette route.

David avait fini par trouver un dossier portant son propre nom.

Mais il y avait un problème impossible à expliquer.

Le document avait été créé douze ans avant son passage à la station.

Lucía échangea un regard avec Mateo.

Puis l’enregistrement continua.

— David n’était pas le seul.

Un autre dossier existait.

Le père de Lucía prononça lentement le nom inscrit dessus.

— Mateo Rivera.

Mateo se raidit.

Selon la date, le dossier existait bien avant sa rencontre avec Lucía.

À l’intérieur se trouvait même une photographie de lui lorsqu’il était enfant.

— Impossible, murmura Mateo. Je n’ai jamais connu ton père.

La cassette poursuivit :

— Du moins, c’est ce dont Mateo est convaincu.

Lucía sortit une seconde photographie de l’enveloppe.

Plusieurs enfants posaient devant un centre communautaire.

Mateo en reconnut immédiatement un.

Lui-même.

Il devait avoir six ou sept ans.

Mais une autre personne se trouvait derrière les enfants.

Le père de Lucía.

Mateo contempla la photo, incapable de parler.

— Je ne me rappelle pas cet endroit.

À cet instant précis, la radio s’alluma.

— C’est normal.

Mateo recula.

La voix poursuivit :

— Parce que Mateo n’a pas toujours porté le nom de Rivera.

Le silence envahit le bunker.

Même les enfants ne bougeaient plus.

Sur la cassette, le père de Lucía continuait son récit.

— Tes parents m’ont demandé de protéger ce lieu et de ne laisser personne ouvrir cette porte.

Mateo secoua lentement la tête.

— Mes parents sont morts quand j’étais enfant.

La réponse arriva presque immédiatement depuis la radio :

— C’est la version qu’on t’a donnée.

Mateo fixa l’appareil.

Il était désormais évident que quelqu’un les écoutait.

La cassette révélait qu’un document conservé derrière la porte racontait la première arrivée de Mateo sur cette même route.

— Je n’ai jamais mis les pieds ici, dit-il.

La radio grésilla.

— Si.

Une courte pause.

— Tu es déjà venu.

Mateo fit un pas vers la porte d’acier.

La radio réagit aussitôt.

— Pas encore.

Il s’arrêta.

— Qui êtes-vous ?

Aucune réponse.

Seulement des parasites.

Puis la voix revint.

— Ceux qui sont venus avant vous pensaient avoir découvert des archives anciennes. Ils n’avaient pas compris.

— Compris quoi ? demanda Lucía.

— Que certains dossiers ne racontaient pas le passé.

Mateo sentit un frisson lui parcourir le dos.

— Alors quoi ?

— Ils annonçaient qui reviendrait.

Quelque part derrière la porte, un mécanisme se mit en marche.

La voix commença alors à lire une liste.

— Mateo Rivera.

Mateo serra les poings.

— Lucía Rivera.

Elle se rapprocha des enfants.

— Nico Rivera.

Nico leva les yeux vers ses parents.

Puis vint le dernier nom.

— Alma Rivera.

Personne ne parla.

Leurs quatre noms avaient été inscrits dans les archives avant même leur arrivée.

Mateo s’approcha de la radio.

— Qui a établi cette liste ?

Les parasites cessèrent.

La réponse fut parfaitement claire.

— Ton père.

Mateo secoua la tête.

— Mon père est mort il y a trente ans.

Un dernier souffle traversa le haut-parleur.

— C’est ce qu’on voulait que tu croies.

Puis quelque chose bougea derrière la porte.

Un léger frottement.

Une enveloppe blanche apparut lentement sous l’acier.

Mateo la ramassa.

Deux mots étaient écrits dessus :

Pour Mateo.

Il fixa l’écriture.

Son visage changea immédiatement.

Il connaissait cette façon de former les lettres.

Il l’avait vue sur les rares cartes conservées de son enfance.

C’était l’écriture de son père.

Mateo serra l’enveloppe entre ses doigts.

— Si c’est vraiment lui qui a écrit ça…

Il regarda Lucía, puis Nico et Alma.

Une pensée encore plus inquiétante venait de lui traverser l’esprit.

— …alors notre arrivée ici n’était pas un accident.

Son regard se posa sur la porte d’acier.

— Quelqu’un savait exactement quand nous viendrions.